Partager l'article ! Ingrid Betancourt: ce qu'en pense les Colombiens: Voilà, demain, les JT repasseront le fil de la journée avec les différentes manifestation ...
Voilà, demain, les JT repasseront le fil de la journée avec les différentes manifestations de soutient pour la libération d'Ingrid Betancourt.
Ingrid Betancourt, femme politique, enlevé le 23 Février 2002 par les FARC (Forces armées révolutionnaires de Colombie), une guérilla "marxiste" qui contrôlerais jusqu'à 40% de la Colombie.
Les Colombiens connaissent cette histoire. Ingrid revient souvent sur le devant de la scène en Colombie lors de l'anniversaire de son enlèvement, ou lorsqu'on évoque les relations Paris-Bogota, un peu tumultueuse sur le sujet des otages.
Etant en classe avec des colombiennes, j'ai pu les entendre à deux reprises mentionner cette histoire en classe. Ingrid Betancourt ne change donc pas, on parle bien d'une femme franco-colombienne, politique et voulant se battre contre la corruption. Jusqu'ici rien de nouveau.
Simplement, un refrain non traduit dans les médias francophones court en Colombie: "C'est de sa faute, elle l'a cherché"
La chose en France serait prise de manières divers je pense, mais l'idée est bien ancrée chez les Colombiens, car il est commun pour eux de savoir que les autorités colombiennes et le gouvernement avaient mis en garde à plusieurs reprises Ingrid Betancourt.
Ce qui suit est tiré de l'article Ingrid Betancourt de Wikipédia:
Ingrid prend la route de Florencia (capitale du département) qui mène à San Vicente del Caguán malgré les avertissements du gouvernement lui signalant la présence de guerrilleros dans la zone et l'informant des combats qui avaient lieu. Alors qu'une dernière barrière militaire empêche le convoi de continuer et que les militaires annoncent la présence des guerrilleros quelques kilomètres plus loin, Ingrid donne l’ordre à son conducteur de poursuivre sa route. Avant de repartir, les militaires lui demandent de signer un document dans lequel elle se rend responsable de cette décision prise à l’encontre des avertissements qui lui avaient été adressés. Quelques kilomètres plus loin, Ingrid et Clara Rojas, sa directrice de campagne, sont arrêtées et enlevées par les FARC.
On mentionne peu ce fait en France, mais en Colombie, il prend son importance. "C'est de sa faute, c'est de sa responsabilité" en rajoute une colombienne de 19 ans en classe. "Elle a voulu se faire de la publicité et voilà où elle en est".
La critique est acerbe, et tenace. Et elle n'est pas partagée que par les colombiennes de l'école.
Je suis allez faire un tour sur le site Internet du fameux quotidien El Tiempo, ai tapé comme recherche "Ingrid Betancourt", et est pris cet article. Plus que l'article, c'était les commentaires des lecteurs qui m'intéressaient. En voici quelques uns:
"CELA A ÉTÉ UNE AUTOSÉQUESTRATION [..] elle est très contente là-bas en profitant de l'oxygène vert et des mets d'une lune de miel " (nekomol)
"Je ne désire la séquestration à aucun être humain, pour très pervers que c'est, mais ce qu'il faut dire avec clarté [est qu'Ingrid l'A VOULU]" [es que Ingrid está alla por que ELLA ASÍ LO QUISO] (rafuchasIII)
"Ingrid réveille un intérêt spécial en France, parce que là-bas ils la voient comme une citadine française séquestrée en Colombie. Un déploiement semblable de presse, des intrigues diplomatiques, le bruit que font les ONGs [...], ils obéissent uniquement à cela. Les français essaient de dissimuler ceci en parlant d'un échange humanitaire. Mais la vérité consiste en ce que les milliers de Colombiens séquestrés par les FARC ne réveillent pas de plus grand intérêt ni en France ni dans aucun autre pays excepté la Colombie." (JCRop)
"C'est d'admirer que les français n'oublient pas malgré le cours des années, la séquestration [...] auquel est soumise leur compatriote (rappelons qu'Ingrid est colombo-française), et qu'eux, ils épuisent les efforts qu'ils peuvent pour [...] chercher une solution humaine à sa séquestration, différente de beaucoup de Colombiens, (alors) que nous savons qu'il y a plus de 3.000 séquestrés sans un nom, qui sont le pauvre peuple et que nous ne faisons rien, nous sommes indifférents envers les négociations, envers le fait qu'il existe ou non un accord [...] Réagissons, il est temps que ceux qui sont séquestrés rentrent dans leurs maisons, ils sont nécessaires, sont êtres humains, ils sont des frères, des époux, des parents, des enfants, des amis.. COLOMBIA DESPIERTA!" (frajoja)
"UN MONUMENT À L'IMPRUDENCE ET À L'ENTÊTEMENT, NOUS LE RENDRIONS [...] À CETTE FEMME. Les escortes ont même été menacées par Ingrid s'ils ne la laissaient pas se tirer vers le groupe de guerilleros. NE GÊNEZ PLUS AVEC CETTE AUTOSÉQUESTRATION. [...] FILLE ET MÈRE nuisent et abîment l'image du pays à l'extérieur. " (jhonh49)
"La grande majorité des Colombiens nous n'oublions pas comment était la séquestration de cette femme. Elle a "voulu" la séquestration en pleine campagne électorale en pensant qu'ainsi elle allait recevoir toute quantité de publicité politique gratuite [...] Le fait qu'elle ait obtenue la nationalité française pour être marié avec un français ne la fait pas différent de tous les séquestrés qui existent en Colombie. Elle, comme tous les autres séquestrés, ne méritent pas ce qu'il leur est arrivé et le gouvernement essaiera d'obtenir sa libération indistinctement de la nationalité, l'origine, la race, le sexe, etc.. Cette libération n'est pas facile puisque les groupes extrémistes qui existent en Colombie [...] ont perdu leurs idéaux quand ils se sont consacrés aux affaires illicites qui leur produisent de grandes quantités d'argent." (Lukasas2007)
Ces réactions, loin d'être représentative de l'ensemble du peuple colombien, montrent bien tout de même la diversité des opinions face au sujet. Que ce soit sur Ingrid, ou sur les réactions françaises. Il en ressort quand même que la grande majorité des colombiens s'entend sur le fait qu'elle ait "provoqué" d'une façon ou d'une autre sa séquestration.
En ce qui concerne les réactions françaises, elles laissent un petit goût amer, ainsi El Tiempo écrivait il y a un an (voir Courrier International si vous êtes abonné):
"Le 23 février pourrait même finir par s'incorporer au calendrier français et devenir une fête nationale. [...] Personne ne raconte aux Français que beaucoup d'autres personnes sont depuis plus de sept ans dans la jungle. Et c'est d'ailleurs pour cela que l'histoire de la Franco-Colombienne Aïda Duvaltier, enlevée en 2001 par l'Armée populaire de libération (EPL), et dont les restes ont été retrouvés la semaine dernière, n'a généré aucune réaction massive parmi ses compatriotes. [...]
L'enlèvement de celle qui était candidate à la présidentielle de 2002 a réussi à restaurer la vision romantique des guérillas sud-américaines, idéalisées du temps de Che Guevara. Aujourd'hui, la Colombie est pour beaucoup de Français un sanctuaire de corrompus, de narcotrafiquants et de mafias grâce à La Rage au cœur, le livre de Betancourt, dont les ventes ont dépassé les 300 000 exemplaires, et qui décrit la réalité nationale selon le point de vue de celle qui se considère comme une justicière solitaire luttant contre la corruption. [...]
Renaud, dont la chanson "Dans la jungle" est diffusée par les radios du pays, exprime dans ses paroles une vision simpliste de la Colombie que l'on peut ainsi résumer : il accuse le président Alvaro Uribe et les FARC d'être des 'fascistes' et assure qu'Ingrid est la seule qui combat ce double ennemi." Et rien ne semble pouvoir permettre à la population française de considérer sous un autre jour la problématique colombienne. Betancourt "continuera d'être une héroïne moderne qu'on ne peut démythifier. Ce qui laisse penser qu'au moins jusqu'à sa libération, les Français n'oublieront pas le fléau de l'enlèvement en Colombie".
NB: Il faut bien noter que malgré le fait que les colombiens critiquent majoritairement la conduite d'Ingrid Betancourt dans son enlèvement, elle n'est pas spécialement mal vue dans le pays, malgré ce que l'ont pourrait croire à la lecture de cet article.
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